Transport routier et environnement : haro sur les ZFE

Le transport routier de marchandises (TRM) français est d'accord pour accélérer sa transition énergétique, mais pas en passant par les ZFE-m (zones à faibles émissions mobilité). Le message a été répété à plusieurs reprises ces jours-ci, dans le contexte de l'installation du nouveau gouvernement, mais aussi de l'assemblée générale de l'organisation de transporteurs Union TLF.

"Avec les ZFE on va dans le mur, cette solution est illusoire". Les propos sont tranchés. Ils n'émanent pas d'un transporteur en colère mais d'Anne-Marie Idrac, ancienne secrétaire d'Etat aux Transports et actuelle présidente de France Logistique (www.francelogistique.fr), institution en charge de défendre le secteur auprès des autorités publiques.

Cette experte les a prononcés lors d'un discours en clôture de l'assemblée générale d'Union TLF, organisation professionnelle rassemblant transporteurs et logisticiens, qui a eu lieu le 30 juin à Paris.

"Avec les ZFE on va dans le mur, cette solution est illusoire". Anne-Marie Idrac, présidente de France Logistique. Photo : ©OBO/Clandoeil.fr


"Des élus en région se demandent comment ils vont faire. Avec les ZFE, nous allons droit dans le mur. Les entrepôts ne peuvent être desservis que par des camions diesel ou gaz. Ces ZFE sont quelque chose d’illusoire".

Zones à faibles émissions


Les ZFE-m, ce sont les zones à faibles émissions mobilités, cette disposition qui permet aux collectivités locales de limiter la circulation des véhicules émettant des polluants, en fonction de la classification Crit'air. Et même d'aller au-delà : les instances parisiennes ont ainsi annoncé qu'en 2024, tous les véhicules gasoil seraient interdits de circulation dans la capitale et la couronne de banlieues jusqu'à l'autoroute A86.

Peu de solutions


Car, dans le TRM, on n'est pas prêt à des échéances aussi rapides : l'offre en véhicules "zéro émission" ne permettra pas de respecter ce calendrier.

Nombre de transporteurs évoluant en région parisienne se sont tournés vers le GNV, classé Crit'air 1, mais le gaz subit depuis la guerre en Ukraine une inflation importante qu'il est difficile de répercuter sur le coût du transport.

Les camions électriques en exploitation se comptent sur les doigts d'une main dans et autour de la capitale (allez, deux mains si l'on veut être optimiste). Les entreprises sont prêtes à expérimenter leur utilisation, mais les délais d'adaptation à leurs contraintes de transports, et les coûts d'exploitation, contraignent leur expansion.

Dans l'urgence les professionnels du transport se tournent vers la solution B100 exclusif, ce biocarburant ayant été décrété Crit'air 1 récemment. Mais 2024, c'est demain, et le secteur ne sera pas prêt.

Calendriers réalistes


Il est donc logique dans ce contexte que la présidente de France Logistique estime qu'il faille réformer les ZFE.

Union TLF a prolongé le débat, le 4 juillet en publiant un communiqué saluant l'arrivée de Clément Beaune au ministère délégué aux Transports :

"La planification écologique est une opportunité pour la transition de notre secteur, à condition qu’elle s’appuie sur des calendriers réalistes, concertés avec les professionnels et harmonisés entre les territoires. Ce n’est pas aujourd’hui le cas des ZFE-m qui vont impacter considérablement la livraison des marchandises en ville dans les toutes prochaines années".

Les transporteurs ne renient pas l'urgence de réduire leur empreinte carbone, et les efforts se multiplient d'ailleurs dans ce sens, certains d'entre eux expérimentant de nouvelles solutions de mobilité.

"Parmi les priorités, il y a aussi la transition énergétique", déclarait Eric Hémar, président d'Union TLF, lors de l'AG. "Et sur ce point, j’ai peur. Avec le système français, il y a une surenchère. Des personnes veulent montrer que nous sommes plus verts que les européens. On veut changer les règles. Rien n’impose aux collectivités locales de mettre en place des ZFE en 2024. Ce sont les collectivités elles-mêmes qui le décident. Et après, ils vous donnent des dérogations pour faire entrer dans les villes des véhicules interdits. Nous allons fonctionner avec des règles pas claires avec plein de dérogations, ce que nous, chefs d’entreprises, détestons".

"Sur la transition énergétique, j'ai peur". Eric Hémar, président de l'Union TLF. ©OBO/Clandoeil.fr


Les élus doivent comprendre que la transition énergétique doit se faire en concertation avec les professionnels, et dans le cadre d'un calendrier raisonnable. Le contraire contribuerait à mettre le feux aux poudres, dans une profession déjà mise sous pression par une inflation galopante.




À propos de l’Union TLF


L’Union des Entreprises de Transport et de Logistique de France (Union TLF) est une organisation professionnelle représentant l’ensemble des métiers de la chaîne du transport et de la logistique.
Les entreprises adhérentes de l’Union TLF interviennent dans l’ensemble de l’organisation des flux de marchandises : transport routier de marchandises, messagerie, logistique, livraison urbaine et transport léger, multimodal (ferroviaire, fluvial), location de véhicules industriels, transport maritime, aérien et représentants en douane avec TLF Overseas.

Les adhérents de l’Union TLF représentent près d’un tiers des salariés de la branche (32,47 %).

Renseignements: www.e-tlf.com

 

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