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Camion-mystère : au volant d’un séduisant ancêtre, mais lequel ? (suite et fin)

Le Ford Transcontinental a été lancé en 1975. Ce maxi-code grand routier se distinguait par sa mécanique américaine et sa cabine française achetée à Berliet. Il existait en porteur et en tracteur d’entraînement 4x2, 6x2 et 6x4. Ici un tracteur 4x2 immatriculé en Finlande.

Crédit photo Ford
Les bonnes réponses ont fusé sur la page Facebook de France Routes : oui, il s’agit bien d’une cabine Berliet, la KB 2400, dans sa version retenue par Ford pour équiper son maxi-code Transcontinental. Explications.

Précisons tout d'abord que cette énigme du camion-mystère, qui était cette fois une cabine-mystère, a très bien fonctionné, tant sur la page Facebook FranceRoutes (Officiel) que sur la page Linkedin : il y a eu 415 commentaires sur Facebook, et une quinzaine sur Linkedin. Un grand merci à tous pour votre fidélité et la pertinence de vos contribution. Car nombre d'entre vous ont très vite trouvé qu'il s'agissait d'une cabine Berliet, la KB 2400, dans sa version retenue par Ford pour équiper son maxi-code Transcontinental. A commencer par Joël Pertus, Lorenzo Vigano, Pascal Masselot, Bernard Weck...

 

Il faut remonter au début des années 1970. Les trois constructeurs américains, General Motors, Ford et Chrysler, disposent alors, au Royaume-Uni, de filiales de production très actives dans le domaine des véhicules industriels, les deux premières étant aussi bien représentées sur les marchés européens. Mais leurs gammes de production, en plus d’utilitaires légers, ne comptent que des moyens tonnages et des mi-lourds. Or, ce sont les gammes lourdes, et plus particulièrement les grands routiers, qui connaissent alors le plus fort développement. Problème, aucun des trois n’a d’offre à proposer en ce domaine. Une réponse urgente s’impose donc qui aboutira à l’introduction des séries TM chez Bedford, Dodge 300 chez Chrysler et Transcontinental chez Ford.

Une seule motorisation était proposée sur le Transcontinental basée sur le diesel suralimenté Cummins de 14 l disponible dans des puissances allant de 240 ch à 335 ch, puis 345 ch à partir de 1978. La boîte Fuller était à 9 ou 13 rapports et le pont Rockwell, à simple réduction, d’une capacité de 10 t, 11,5 t ou 13 t. Ce tracteur allemand pouvait rouler à 38 t de PTRA avec une semi à essieu tridem ou 36 t avec semi à essieu tandem.
Crédit photo : D.R.

Une base américaine dans un style européen

À la différence de Chrysler qui importe d’Espagne un modèle existant (ex-Barreiros) et de Bedford qui crée, ex-nihilo, une gamme complète (qui se révèlera un boulet), la filiale anglaise de Ford décide de jouer la sécurité en s’appuyant sur une mécanique éprouvée, entièrement américaine : châssis de Ford Louisville, moteur Cummins, boîte Fuller, pont Rockwell. Reste la question de la cabine. Celles des Ford américains (série W, puis CL-9000) est inadaptée à l’Europe et les coûts de développement et de production d’une cabine spécifique, entièrement nouvelle, sont jugés rédhibitoires. La solution est donc d’acheter une cabine existante.

La diffusion du Transcontinental, également appelé série H, a été rapidement effective dans tous les pays européens. Ici un porteur 6x2 italien. Jusqu’en 1976, la conduite droite était obligatoire dans le pays pour tous les véhicules lourds. À noter que la version courte de la cabine KB 2400 ne sera jamais utilisée par Ford.  
Crédit photo : Ford

Une aubaine pour Berliet

Mais quel industriel accepterait, sauf coopération équitable (telle celle engagée entre Saviem et MAN), de partager une cabine avec un concurrent direct aux ambitions de conquête clairement affichées ? Évidemment aucun. On n’image guère Mercedes, Fiat ou Scania accorder un tel avantage à un aussi puissant rival, d’autant que sur un poids lourd, outre ses qualités de confort et de sécurité, la cabine contribue fortement à l’image de marque du constructeur. Restait Berliet. Traversant alors une période difficile, avec de lourdes pertes, le constructeur français disposait, lui, d’une cabine excellente, de facture récente et parfaitement adaptable, moyennant quelques aménagements, au Transcontinental. Une belle opportunité pour Ford, mais aussi une aubaine pour Berliet qui trouvait ainsi des ressources particulièrement bien venues en vendant sa cabine et en pouvant augmenter ses volumes de production, facteur de réduction des coûts. Évidemment, et c’est de bonne guerre, la communication du Français a longtemps martelé que sa cabine avait été sélectionnée.... parce qu’elle était la meilleure. Mais sans doute aussi était-elle la seule, de ce niveau là, en compétition...

Au Royaume-Uni, où le PTRA maxi des ensembles articulés n’était que de 32,5 t, le poids à vide du Transcontinental (de l’ordre de 7,4 t en tracteur 4x2) était particulièrement handicapant. Il n’était pas non plus un avantage ailleurs. La cabine Berliet KB 2400, rehaussée pour accueillir le gros 6 cylindres en ligne Cummins, était alors la plus haute du marché avec 3,25 m à vide. Le tunnel moteur était en revanche très discret, laissant une bonne habitabilité intérieure.  
Crédit photo : Ford

Un échec malgré tout

Bien né, soutenu par la puissance financière du groupe Ford, le Transcontinental fera l’objet d’une préparation soignée avant son lancement officiel, en 1975. Ainsi, des modèles de présérie rouleront, dès 1974, dans plusieurs flottes pilotes européennes, avec une fausse calandre, une finition imparfaite mais sans autre maquillage. Tapant d’emblée très fort avec une diffusion quasi-simultanée dans tous les pays européens, y compris les plus fermés (comme l’Espagne) ou les plus difficiles (comme la Suède), le Transcontinental connaît une montée en cadence encourageante et semble trouver sa clientèle malgré quelques handicaps : un poids mort trop élevé par rapport à la concurrence et une consommation qui n’en faisait pas le maxi-code le plus sobre du marché. Restait la question du réseau. Il s’appuyait sur un maillage de concessionnaires largement issus de l’automobile, aptes à traiter des utilitaires légers, voire des petits camions, mais mal préparés et mal équipés pour assurer le SAV (voire la vente) de grands routiers de gamme lourde. Ce sera le véritable talon d’Achille du programme.

En 1978, apparaît une version modernisée aux plans esthétique et de confort. Les défauts des premiers modèles sont corrigés, notamment les problèmes électriques. Toutes générations confondues, seulement 8 735 Transcontinental ont été produits entre 1975 et 1984, dont 504 chez Foden. Les prévisions initiales tablaient sur une production de plus de 6 000 exemplaires par an...
Crédit photo : Ford

Un repli sur les gammes intermédiaires

Bilan, les ventes plafonnent assez vite, puis s’affaissent progressivement, malgré une modernisation efficace opérée en 1978 qui gommera aussi certains défauts de jeunesse. La fin de vie du Transcontinental sera assez triste. L’usine hollandaise, où il était assemblé, se révélant trop vaste pour les volumes produits (et par ailleurs condamnée à être fermée), la fabrication est transférée en Grande-Bretagne, chez Foden qui subit alors une forte dégradation de ses ventes et dispose donc de capacités d’assemblage. Finalement, en 1983, la décision est prise d’arrêter le Transcontinental. Les derniers exemplaires sortiront de chaîne en janvier 1984. Ford ne conserve alors en Europe, en matière de camions, que les modèles Cargo, à petite cabine, petit moteur et tonnages intermédiaires, qui s’effaceront à leur tour en 1993. Mais poursuivront leur carrière sous d’autres cieux, durant encore plusieurs années, en Amérique du Nord, au Brésil, en Argentine, en Inde et... en Turquie.

Camion mystère

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