« Lorsque j’étais petite, j’accompagnais mon père dans son camion, se souvient Christelle Bret. C'est très vite devenu une passion ». Le père de Jennifer Philibert était lui aussi conducteur routier. « Je partais très souvent avec lui en camion, se souvient cette dernière. Il faisait des tournées de nuit. L’ambiance n’était pas la même qu’aujourd’hui. Il y avait la CB, une forme de communauté, et cela m'a donné envie de faire la route ».
Un même chemin
Jennifer se forme au lycée Arcisse de Caumont à Bayeux (Calvados), Christelle au lycée professionnel Guitton à La Roche-sur-Yon. Elles ont en commun d'avoir pris le volant en tant que salariées à l'âge de 18 ans. « J’ai commencé par faire de la citerne en national, se remémore Jennifer Philibert. Puis j’ai eu plusieurs expériences : frigo, pulvé, conteneurs à partir du port du Havre... ». Sentant le vent tourner, un de ses anciens employeurs lui propose de financer son attestation de capacité professionnelle de transport de marchandises, obligatoire pour devenir dirigeante. « Durant neuf mois, je roulais la semaine et à partir du vendredi, pendant tout le week-end, je me formais pour passer ce diplôme ».
Christelle Bret a elle aussi multiplié les expériences en tant que conductrice, avant de se mettre en retrait pendant plusieurs années pour élever les enfants qu'elle a mis au monde. Elle revient à la vie professionnelle en tant que directrice des transports d'une entreprise et en 2013, elle passe sa capacité de transport.
Créatrices d'entreprise
En 2017, les enfants ayant grandi, Christelle se lance dans la création de sa propre entreprise, les Transports Silou. « Silou, en hommage à mon père qui s’appelait Louis, car c’est lui qui m’a transmis cette passion », explique-t-elle.
L’entrepreneuriat Jennifer Philibert y a goûté deux ans plus tôt avec l’aide de la chambre de commerce et d’industrie : « Les CCI font des prêts pour les femmes qui se lancent, ce qui m’a bien aidé pour la création de la société et l’établissement de mon fonds de roulement. J’ai lancé la société Dollytrans le 1ᵉʳ novembre 2015, seule, en rachetant le camion et la remorque de mon ancien patron. Carburant, péage, tout semble plus cher lorsqu’on devient patron ! »
Développement au féminin
En dix ans, les transports Silou et Dollytrans ont bien grandi. Comptant deux conducteurs en 2017, Silou en emploie huit aujourd’hui. L’entreprise dispose d’une flotte de dix tracteurs, douze remorques bennes et un plateau pour transporter du granulat à destination des centrales à béton, mais aussi des céréales.
Crédit photo : MAN France
Débutant en solo, Jennifer Philibert emploie aujourd’hui quatre conducteurs chez Dollytrans. Sa flotte de tracteurs décorés est connue du grand public, surtout son dernier MAN TGX aux couleurs de la série The Walking Dead.
Crédit photo : Transports Silou
C'est qui la patronne ?
« Lorsque j’évoque le fait d’être routière et cheffe d'entreprise, cela surprend, explique Jennifer Philibert. Je travaille avec mon conjoint, et souvent les interlocuteurs qui ne nous connaissent pas s'adressent à lui, le considérant comme le dirigeant. Comme j’ai mon franc-parler, je leur souligne que c’est moi la patronne ! »
« Dans ce milieu en tant que femme, nous devons plus faire nos preuves qu'un homme, poursuit Christelle Bret. Une fois que la machine est lancée, il n’y a aucune raison que cela ne fonctionne pas. C’est peut-être même un avantage d’être une femme, au niveau relationnel ».
Moins de machisme qu'avant
« Lorsque j’ai commencé à rouler en 1987, il y avait très peu de femmes, la drague était lourde et les remarques sexistes, analyse Christelle Bret. Avec le nombre de conductrices qui augmente, les mentalités évoluent. Le sexisme diminue ».
« Le conseil que je donnerais aux femmes, c'est : n’ayez pas peur d’entreprendre, même si cela peut heurter l'égo de ces messieurs », conclut Jennifer.
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